Depuis plusieurs décennies, à la suite de la mobilisation des personnels de l’éducation, l’académie de Guadeloupe a engagé une politique visant à renforcer la présence de cadres issus du territoire, dans les fonctions d’encadrement et de direction. Cette orientation reposait sur le constat que de nombreux postes stratégiques de l’institution étaient historiquement occupés par des personnels venus de l’extérieur et les Antillais cantonnés à des tâches d’exécution. Dans les années 2000 et 2010, cette politique s’est traduite par la mise en place de dispositifs de formation, d’accompagnement et de professionnalisation préparant les personnels locaux à l’exercice de responsabilités supérieures. L’objectif affiché était de constituer un vivier de compétences, capable d’accéder à des fonctions de direction au sein du rectorat, des services académiques, des corps d’inspection ou des établissements scolaires.
Pratiquement tous les projets académiques, notamment à travers l’axe « Inscrire l’école dans son territoire », s’inscrivaient dans cette démarche. Ils visaient à mieux prendre en compte les spécificités sociales, culturelles et éducatives de la Guadeloupe tout en favorisant l’émergence de cadres formés localement ou originaires du territoire. Cette stratégie a permis, au fil des années, une augmentation de la représentation des cadres antillais dans les instances de décision de l’académie. De nombreux postes à responsabilité ont ainsi été occupés par des personnels maitrisant le contexte guadeloupéen.
Les récentes nominations intervenues au sein de l’équipe de direction académique marque un recul insupportable. Elles interrogent sur les critères de recrutement et de mobilité des cadres supérieurs de l’Éducation nationale. Le recteur en place se félicite d’avoir nommé pas moins de quatre cadres de haut niveau à son cabinet où se prennent les décisions stratégiques. Des personnels venus d’ailleurs parfois d’autres administrations sans rapport avec l’éducation. Certes ces postes respectent les règles nationales de gestion des carrières de la fonction publique mais rappelent le temps d’un entre-soi où les postes dans lesdits outremer constituaient uniquement une expérience exotique plutôt qu’un engagement envers des citoyens. Ce constat est d’autant plus amer que ce système fonctionne à double vitesse : pendant que des cadres extérieurs viennent occuper les postes décisionnels, les jeunes Guadeloupéens qui passent et réussissent le concours d’enseignement ou de CPE sont, quant à eux, envoyés en France hexagonale.
Ce chassé-croisé institutionnel, qui impose l’exil de nos jeunes talents tout en ignorant nos cadres expérimentés, illustre une profonde iniquité de traitement.
Nous, signataires de cette tribune nous interrogeons sur l’avenir de la politique de valorisation des compétences locales développée au cours des années précédentes. Il existe un vivier de cadres expérimentés sur le territoire, ou exerçant ailleurs, qui attendent d’être affectés dans leur académie d’origine, la Guadeloupe. Il conviendrait d’accorder une attention particulière à leurs candidatures lorsque des postes à responsabilité deviennent vacants.
Dans un contexte où les opportunités d’évolution professionnelle demeurent limitées dans nos pays et où l’éducation doit refléter nos spécificités et culture, la question de la représentation des cadres guadeloupéens dans les instances de décision reste un sujet essentiel pour l’avenir de la gouvernance publique en Guadeloupe.
À COMPÉTENCES ÉGALES PRIORITÉ AUX CADRES GUADELOUPÉENS!
