Discours des quatre éléments, par Ronald SELBONNE, présentation de la liste Nou

Pourquoi les 4 éléments ?

Parce que je vais parler de Grande Politique !

Et je pose d’emblée une affirmation forte et fondamentale : il faut mettre la Poésie au coeur de notre engagement politique !

http://https://youtu.be/QqSLbK_mxPY

 

C’est sans aucun doute la première fois dans l’histoire politique de notre Pays qu’une telle proposition est offerte aux citoyens. La surprise sera facilement levée quand on appellera à la barre le poète-politique Aimé Césaire. En effet, dans un texte trop peu connu « Appel au magicien », Césaire affirme : « Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort », et le grand poète d’ajouter : « La révolution sera sociale et poétique ou ne sera pas ».

Qu’est-ce que cela signifie pour nous aujourd’hui dans le cadre de ces élections ?

Tout simplement que notre projet régional s’inscrit dans un projet politique global de civilisation. Notre objectif fondamental est de bâtir une civilisation de la Parole et de la responsabilisation sociale. Disant cela, nous regardons avec appétit du côté de l’Afrique et de ses arbres à palabres, et aussi de l’Amérique où les assemblées villageoises ont été remis au goût du jour, en particulier dans la Bolivie d’Evo Morales.

Qui osera dire que la civilisation occidentale, dans sa prétention démocratique, et malgré un développement technologique incontestable, n’a pas atteint ses limites ? Le triste spectacle des élections étasuniennes et la défiance de plus en plus grande de l’électorat envers les élus sont les symptômes évidents de cette crise.

Nous devons donc oser un autre chemin afin de redonner pouvoir et parole au peuple. J’ai dit « responsabilisation » et non « responsabilité » car il semble bien qu’il ne faille jamais arrêter le processus de responsabilisation sociale. Nous voulons qu’à chaque niveau de la société la parole et la responsabilisation citoyenne s’installent : dans les CA des établissements scolaires, dans les comités d’entreprises, dans les communes, les citoyens doivent s’engager, participer. On ne peut s’abstenir de la vie !

Et seule la Poésie est capable de nous donner l’intuition de ce neuf chemin, car elle saisit à la fois le visible et l’invisible, le rationnel et l’irrationnel, car elle est « saisissement » de l’instant historique et de la Totalité.

Et puis la Poésie est aussi Beauté ! Et là encore, il nous faut injecter de la Beauté au coeur du politique. Des décennies de pratiques politiciennes de laideur ont avili la politique. Raison pour laquelle l’éthique doit être notre colonne vertébrale. Ne jamais tomber dans les bassesses, le caniveau ; toujours vouloir que l’homme grandisse et s’élève vers la lumière. La beauté poétique, c’est encore accepter notre beauté.

Wi NOU bèl, NOU bèl adan l’excellence. Nou bèl pas NOU kapab fè bèl é gran biten. NOU bèl lè lidé Gwadloup ka fléri an tèt an NOU.

C’est parce que je regarde le monde en poète que me prend l’envie de décliner notre projet selon les 4 éléments fondamentaux :

La Terre, l’Eau, l’Air et le Feu !

Ces symboles, qui sont des universaux car on les retrouve dans toutes les civilisations, sont aussi une manière de répondre à ceux qui s’interrogent sur notre nationalisme, qui est bien le contraire d’un enfermement. Nous nous pensons dans le Monde, nous nous sentons solidaires du monde. Nous sommes aussi le Monde. Aussi, nous réclamons notre participation singulière au Monde.

Déclinons donc ces 4 éléments !

  • TERRE : on pèp san tè, sé on pèp lokatè ! Notre grande obsession sera de sacraliser le foncier guadeloupéen. En attendant d’avoir, à travers un nouveau statut, les moyens de protéger de manière plus radicale la terre guadeloupéenne en instituant par exemple, comme cela se fait ailleurs, un nombre d’années de présence sur le territoire avant de pouvoir devenir propriétaire, nous allons mettre en place un Office Foncier Solidaire (la Région deviendra propriétaire de la terre et la louera pour constructions de maison et exploitation agricole. Ce dispositif existe déjà dans certaines Régions françaises !). Sacraliser le foncier, c’est surtout sacraliser le foncier agricole. Notre objectif de souveraineté alimentaire passe nécessairement par un développement agricole, hors produits d’exportation traditionnels.
  • EAU : c’est la grande inquiétude guadeloupéenne ! Et cela va devenir de fait une compétence régionale puisque la Région participera au nouveau syndicat de l’eau. Pendant longtemps, ici et ailleurs, un mythe s’est imposé : « l’eau paie l’eau ». Nous devons avoir le courage de dire que ce mythe n’est qu’un mythe. Si l’eau peut payer l’eau s’agissant des dépenses de fonctionnement, quand on passe aux gros investissements cela devient une contre-vérité. Partant de ce constat objectif, il nous faut poser deux principes : 1- un principe de gouvernance : les usagers doivent avoir voix délibérantes dans la nouvelle structure, sinon, avec les politique seuls aux commandes, on risque de se retrouver avec un syndicat du champagne. 2- un principe d’anticipation : les collectivités doivent inscrire dans leurs budgets, de façon indélébile, une ligne « investissement pour l’eau » afin que nous soyons en permanence dans la prévention et non dans le rattrapage des fuites et de l’usure. L’eau, c’est aussi la mer, avec ses opportunités économiques et ses sargasses (phénomène récurrent depuis 2011) !
    Jusqu’ici nous avons vu une approche comptable qui se focalise sur un soutien apporté au ramassage. Nous proposons une approche inclusive et audacieuse, qui passe par une intégration fine du triptyque : télédétection- ramassage- valorisation. Ainsi, nous ferons de Capesterre de Marie-Galante le laboratoire avancé de Recherche appliquée- Développement pour les sargasses. Des négociations avec l’État seront engagées afin de permettre aux entreprises volontaires de bénéficier d’une défiscalisation à long terme. Les petites unités seront privilégiées (possibilité de déplacement sur le territoire car il hors de question de laisser des friches industrielles).
  • AIR : symbole de pureté qui pour nous représente la dimension écologique. Les pratiques agricoles s’inscrivant dans cette dimension seront favorisées. Nous sommes le monde : nous devons dans notre réflexion intégrer les chocs écologiques futurs. Toute projection économique et d’aménagement du territoire doit prendre en compte l’amortissement de ces chocs et de ceux liés aux pandémies à venir.
  • FEU : la combustion ! c’est le feu émancipateur qui nous anime. Cette élection est la première étape du changement qualitatif et radical de notre rapport à la France. C’est le feu qui doit irradier le lien colonial. C’est ce feu, cette incendiemarron qui doit monter à l’assaut des consciences pour reprendre la parole du poète guadeloupéen Max Jeanne. Nous n’allons pas cacher notre flamme, nous allons même la déclarer avec force au peuple guadeloupéen. Notre chaltouné ne sera pas dans notre poche, mais au bout du bras tendu, fondu dans une main ferme.

Il y a quatre éléments et il y a surtout l’homme

A l’expression « développement économique », nous préférons « développement humain ». A « Économie sociale et solidaire », nous préférons « économie humaine ». Il ne s’agit pas d’une simple chirurgie lexicale à vocation esthétique. Nous sommes plutôt en présence d’une indication programmatique.

Pour redonner confiance à cet Homme guadeloupéen, nous devons être exemplaires. Dans cette perspective, en tant que capitaine d’équipe, j’invite mes colistiers à s’inspirer de deux hommes :

  • Ernesto Che Guevara:  Ce nom peut faire sourire certains. Mais du Che, je ne retiens pas la Kalachnikov mais son rapport exemplaire au pouvoir quand il fut ministre.
  • Pepe Mujica: Ancien président de l’Uruguay est pour moi, le plus grand homme politique du XXIe siècle qui a érigé la sobriété en modèle de gestion du pouvoir politique.

Cette idée de sobriété, nous devons l’imposer dans le débat public et nous devons nous l’imposer. Ainsi, notre gestion régionale sera placée sous le signe de la sobriété financière et administrative. Acceptons le constat vrai que nous vivons au-dessus de nos moyens, et engageons une chasse rationnelle aux dépenses. Osons aussi mettre en place un système de transparence audacieux : s’il le faut nous devons aller plus loin que la loi française et proposer tout ce que cette dernière n’interdit pas. Dans ce domaine, les pays scandinaves ont une grande longueur d’avance. Notre vision de la Guadeloupe nous interdit l’égoïsme. Nous devons réussir tous ensemble. Aussi, nous créerons un Bureau de Soutien Administratif avec l’aide du conseil départemental et des EPCI afin de mettre à la disposition des communes, surtout des petites, des cadres administratifs.

Voilà livrés quelques éléments du programme. Début juin, comme tout le monde, nous livrerons l’ensemble de nos propositions à travers des modules-vidéos essentiellement, à travers aussi les médias traditionnels et par le biais de nos militants qui iront, avec les gestes barrières, au contact du Peuple.

Vous l’aurez compris, nous ne venons pas dans cette élection pour faire acte de témoignage, nous voulons le pouvoir politique parce que c’est l’objectif de toute organisation politique disposant d’un projet politique. Nous voulons le pouvoir politique surtout parce que notre Pays, la Guadeloupe, se trouve devant une urgence existentielle : nous pouvons disparaître en devenant minoritaires sur notre propre Terre.

Je comprends aisément que ces propos peuvent surprendre plus d’un. An pa palé wonpren, an pa fè anboutéyaj a chif, an pa nouri kankan. J’ai proposé un chemin politique car je ne suis pas candidat à un concours administratif afin de devenir cadre financier ou ingénieur des travaux publics. Je vise, nous visons, une fonction d’élu et donc de politique !

La Guadeloupe est une cocotte-minute où les frustrations sociales et identitaires s’accumulent. Il faut être aveugle pour ne pas le voir et le sentir.

A l’accumulation inféconde des révoltes sociales ou individuelles, nous préférons une révolution politique démocratique ayant pour objectif fè Gwadloupéyen vin mèt akaz a-y !

J’ai convoqué Terre, Eau, Air, Feu. Ces quatre éléments ont longtemps intéressé les alchimistes qui cherchaient un moyen de transformer en or des éléments peu nobles.

Saisissons-nous de NOU afin de transformer la boue coloniale en or de liberté.

Retournons à Césaire, toujours dans son texte « Appel au magicien ». Il précise : « La vraie civilisation est du domaine de l’obsession ».

Soyons obsédés par NOUMENM, pour NOUMENM.
Fout NOU bèl lè lidé Gwadloup ka fléri an tèt an NOU

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